Le royaume de Suède et l’accroissement de la puissance par l’économie (1810-1945)

Oct 14, 2026

Des échecs militaires à la puissance économique

Au début du XIXème siècle, l’héritage impérial suédois dans la Baltique appartient définitivement au passé et le royaume de moins de 3 millions d’habitants est épuisé par plusieurs décennies de guerres. D’un côté, la perte de la Finlande au profit de la Russie en 1809 l’ampute de près d’un tiers de son territoire et d’environ un quart de sa population. De l’autre, les caisses de l’État sont vides et la monnaie demeure instable. C’est pourtant sur ces ruines que va commencer l’une des plus remarquables trajectoires de développement économique. Fondée davantage sur le renforcement des capacités économiques internes que sur les conquêtes militaires externes, cette volonté politique marque une réorientation profonde de la stratégie de puissance de la Suède qui fera d’elle, un siècle et demi plus tard, l’un des pays les plus prospères au monde.

Proto-industrialisation et vision stratégique

Avant que la réorientation économique ne s’impose pleinement, la Suède obtient une dernière compensation territoriale. Ancien maréchal de Napoléon devenu prince héritier de Suède en 1810, Bernadotte rompt avec l’Empereur et rejoint en 1813 la coalition européenne, dont il commande une partie des forces lors de la campagne d’Allemagne. En récompense, le traité de Kiel de janvier 1814 contraint le Danemark, resté fidèle à Napoléon, à céder la Norvège à la couronne suédoise. Si les Norvégiens refusent un temps l’annexion, un compromis est finalement trouvé et la Norvège garde son Parlement, ses lois et une large autonomie intérieure au sein d’une union sous une couronne commune. Cette acquisition constitue la dernière véritable « expansion » territoriale de la Suède avant que l’effort de puissance ne se déplace définitivement vers le développement de ses capacités économiques internes.

Un des premiers objectifs de Bernadotte, qui exerce rapidement la direction effective du pays avant de monter sur le trône sous le nom de Charles XIV Jean en 1818, est alors de réduire autant que possible la dépendance aux capitaux étrangers. « Éviter prudemment d’aller chercher au-dehors des capitaux que l’État est dans la possibilité de nous procurer »[1]. Cette recherche d’autonomie commence par le rétablissement des capacités financières de l’État. Pour cela, Bernadotte utilise autant les instruments de la politique intérieure que les opportunités offertes par le nouveau positionnement géopolitique du royaume. Dès 1812, le retournement stratégique contre Napoléon permet à Stockholm de répudier les deux tiers de sa dette extérieure consolidée, notamment des créances contractées sur les places d’Amsterdam, d’Anvers et de Gênes, alors sous domination française. Quelques années plus tard, lorsque la Guadeloupe, attribuée à la Suède par la Grande-Bretagne en 1813, est restituée à la France, Londres verse au royaume une compensation de plusieurs dizaines de millions de francs qui permet notamment de solder en 1815 l’essentiel de la dette extérieure restante[2]. Bernadotte parvient également à éviter que la question de la dette norvégienne, héritée lors du traité de Kiel, n’alourdisse le passif suédois. Après plusieurs années de négociations, la somme réclamée par Copenhague est divisée par deux et reste finalement à la charge des finances norvégiennes, évitant ainsi de grever davantage le Trésor suédois. La quasi-liquidation de la dette extérieure ne signifie toutefois pas la disparition de l’ensemble de la dette publique. À cette diplomatie financière s’ajoutent donc une politique de discipline budgétaire et un effort de stabilisation monétaire qui permettent de diviser la dette publique par 4 entre 1810 et 1830, avant le retour à l’étalon-argent en 1834[3].

L’assainissement financier constitue alors l’une des premières conditions de la reconstruction économique du royaume. Dans le même temps, le futur roi cherche à réduire certaines dépendances directement liées aux besoins essentiels du pays. Si la Suède est encore largement agricole, elle reste pourtant dépendante des importations de céréales, ce qui fragilise à la fois sa sécurité alimentaire et sa balance commerciale. Le déficit commercial chronique entraîne d’ailleurs un effondrement de la valeur du riksdaler sur la place de Hambourg, compromettant ainsi ses efforts de désendettement et de stabilisation monétaire[4]. Face à cela, Bernadotte encourage la création de l’Académie royale d’agriculture dès 1811, soutient le défrichement de nouvelles terres et la diffusion de cultures comme la pomme de terre. Le but est autant productif que stratégique. Ces réformes sont un succès puisqu’elles permettent à la Suède de passer progressivement du statut d’importateur net à celui d’exportateur de céréales dès les années 1830-1850[5].

Pour soutenir cette politique, le roi lance un ensemble de projets d’infrastructures visant à structurer et à dynamiser l’économie suédoise. En développant des ports comme celui de Helsingborg et en établissant une route terrestre reliant la Suède à la Norvège, il améliore la connectivité du territoire. Le projet du Canal Göta, une réalisation ambitieuse de son règne, relie les régions reculées et facilite le transport de ressources essentielles telles que le bois et le fer, les principales richesses naturelles du pays. Achevé en 1832, il connecte les grands bassins productifs de l’intérieur aux façades maritimes et permet de relier la mer Baltique à la mer du Nord sans passer par les détroits contrôlés par le Danemark et soumis à un péage. L’intérêt du canal dépasse d’ailleurs la seule dimension logistique. Les ateliers de Motala (Motala Verkstad), qui se développent pour répondre aux besoins du chantier, deviennent dès les années 1840 l’un des principaux centres de construction mécanique du royaume[6]. L’investissement dans les infrastructures agit ainsi comme un levier de développement industriel puisqu’il désenclave les ressources existantes tout en créant de nouvelles compétences productives nationales.

Toutefois, ce début de modernisation économique ne part pas de rien. Depuis le XVIIIème siècle, la Suède dispose déjà d’un tissu de petits établissements proto-industriels spécialisés :  Eskilstuna dans les outils et le travail du métal, la région de Hedemora dans la fabrication des faux ou encore Mora dans l’horlogerie[7]. Ces activités restent dispersées, largement artisanales et souvent organisées à l’échelle domestique, mais elles entretiennent sur le territoire un important stock de savoir-faire métallurgiques et mécaniques[8]. Le problème suédois réside donc moins dans l’absence de capacités productives que dans leur fragmentation et leur faible intégration à l’échelle nationale. À partir de Bernadotte, l’enjeu consiste à désenclaver ces foyers, à les relier aux ressources et aux débouchés du royaume et à favoriser leur passage d’une production artisanale à une production industrielle. Ces savoir-faire hérités constituent ainsi l’un des socles sur lesquels peut s’appuyer la politique d’intégration économique du territoire.

Dans la continuité du règne de Bernadotte (1818-1844), l’essor des chemins de fer vient alors prolonger cette dynamique en facilitant la circulation des marchandises à travers le pays. Sous la direction de Nils Ericson, qui avait déjà participé à la construction du Canal Göta, les premières lignes ferroviaires voient le jour en 1856 avec les tronçons Göteborg-Jonsered et Malmö-Lund. Le réseau se développe ensuite avec l’ouverture de la ligne Stockholm-Göteborg en 1862, puis vers Malmö et Kristiania (aujourd’hui Oslo), avant son extension progressive vers les régions minières du Nord. Cette dynamique se poursuivra jusqu’au début du XXème siècle avec la ligne Stockholm-Boden en 1894 et la « voie du minerai », reliant finalement les bassins miniers de Laponie au port norvégien de Narvik en 1903[9]. Cette ouverture occidentale revêt une importance stratégique majeure puisque contrairement à Luleå, régulièrement bloqué par les glaces hivernales de la Baltique, Narvik offre aux minerais suédois un débouché maritime libre de glaces toute l’année. Dans le cadre de l’Union, la coordination des réseaux suédois et norvégiens permet ainsi de connecter directement les ressources du Grand Nord aux marchés industriels européens. Le chemin de fer achève ainsi le processus de désenclavement amorcé par les canaux. Il rapproche les bassins de matières premières, les centres de production et les ports, transformant progressivement un marché intérieur fragmenté en un espace économique national mieux intégré et capable de se projeter vers l’extérieur.

Enfin, il faut également noter que cette réorganisation matérielle du territoire s’accompagne d’un effort ancien de connaissance du potentiel économique national. Depuis 1749, la Suède dispose du Tabellverket, l’un des premiers organismes nationaux de statistique, dont les enquêtes s’étendent ensuite de la démographie et de l’agriculture vers l’artisanat et l’industrie. La création d’un bureau central de la statistique (Statistiska Centralbyrån) en 1858 permet de renforcer cette capacité de collecte et de centralisation de l’information[10]. Sans constituer encore une planification économique au sens moderne, cet outil permet aux autorités de mieux connaître les ressources, la population et les transformations productives du royaume.

Une ouverture contrôlée pour maîtriser ses dépendances

Le développement économique de la Suède au XIXème siècle ne repose pas sur une logique autarcique. À mesure que son marché intérieur se structure, le royaume cherche au contraire à s’insérer davantage dans les échanges internationaux afin d’obtenir les capitaux, les technologies et les débouchés nécessaires à son industrialisation. Toute la difficulté consiste à profiter de cette ouverture sans laisser les puissances économiques dominantes prendre le contrôle de son marché et de son appareil productif.

Cette stratégie apparaît d’abord dans les relations avec la Grande-Bretagne, alors première puissance industrielle mondiale. Pendant une grande partie du XIXème siècle, les deux économies entretiennent une relation largement complémentaire. D’un côté, l’industrialisation et l’urbanisation britanniques génèrent une forte demande pour le bois, le fer et certaines productions agricoles suédoises, de l’autre, la Suède importe progressivement des machines, des équipements et des procédés techniques qu’elle ne maîtrise pas encore. Cette insertion permet au royaume de convertir ses ressources naturelles en devises et d’acquérir à moindre coût une partie des technologies nécessaires à sa modernisation.

L’ouverture commerciale n’entraîne pourtant pas une disparition immédiate des protections nationales. La faiblesse et le fractionnement du marché intérieur suédois protègent d’abord indirectement une partie des productions locales. Jusqu’au développement mature du réseau ferroviaire, après les années 1870, de nombreuses régions restent relativement isolées, rendant moins rentable l’importation massive de biens de consommation britanniques[11]. Surtout, la libéralisation commerciale engagée au milieu du siècle demeure sélective. La Suède supprime ou maintient à un niveau très bas les droits de douane sur les matières premières dont son sol est dépourvu (comme le coton brut ou le charbon) ainsi que sur les machines-outils, tout en conservant une protection douanière sur les produits manufacturés finis[12]. L’ouverture répond donc moins à un principe dogmatique de libre-échange qu’à une logique d’acquisition ciblée des ressources et des technologies dont l’économie nationale a besoin.

La même logique s’applique au financement. La construction des chemins de fer et des infrastructures exige des volumes de capitaux que l’épargne nationale ne peut encore fournir seule. La Suède accepte donc progressivement de recourir massivement aux marchés financiers étrangers, en particulier aux places de Hambourg puis de Paris. Entre 1850 et 1910, la dette extérieure du royaume passe ainsi de presque zéro à près de 80% du revenu national[13]. Cette évolution peut sembler contradictoire avec la prudence défendue quelques décennies plus tôt par Bernadotte à l’égard des capitaux extérieurs. Mais pendant que l’État prend directement en charge une part importante de l’endettement extérieur destiné aux grandes infrastructures, notamment ferroviaires, les banques et l’épargne privées suédoises peuvent, de leur côté, se concentrer sur le financement de l’industrie nationale. Ce recours à la dette souveraine constitue même une sorte d’écran protecteur. Les banques de Hambourg ou de Paris financent les rails de l’État, mais n’obtiennent aucun droit de propriété sur les entreprises ou les ressources naturelles suédoises. En libérant l’épargne privée domestique de la charge des infrastructures, l’État permet au système bancaire national naissant de se consacrer au financement direct et à la protection de l’industrie locale. Des institutions comme la Stockholms Enskilda Bank fondée en 1856 par la dynastie Wallenberg ou la Stockholms Handelsbank deviennent alors de véritables banques d’investissement associées à la gestion des entreprises. Cette maturité financière a permis aux banques suédoises de jouer un rôle de planificateur géo-économique en finançant directement des « blocs de développement »[14]. Ainsi, contrairement à la Norvège, dont le système bancaire est resté fragmenté et conservateur tout au long du XIXème siècle, contraignant le pays à céder une part de son contrôle industriel aux capitaux étrangers, la Suède peut développer un capitalisme souverain combinant banque et industries nationales[15].

Par la suite, alors que la révolution industrielle suédoise prend véritablement son essor à la fin du XIXème, le protectionnisme joue un rôle central dans le développement économique du royaume. En 1888, face notamment à la concurrence croissante des céréales étasuniennes et russes, la Suède rétablit des droits de douane sur les produits agricoles. Ce tournant protectionniste, après plusieurs décennies de libéralisation commerciale, s’étend progressivement à certaines productions manufacturières, notamment dans le textile et plusieurs branches de la métallurgie[16]. Il ne s’agit toutefois pas de refermer l’économie suédoise, mais de protéger sélectivement les secteurs jugés vulnérables ou stratégiques tout en maintenant l’accès aux capitaux, aux machines et aux intrants nécessaires à la modernisation industrielle. Cette politique rejoint ainsi la logique de protection des « industries naissantes », théorisée quelques décennies plus tôt par Friedrich List[17]. Cette évolution s’inscrit dans ce que l’historien Paul Bairoch identifiera plus tard comme l’un des paradoxes du développement européen au XIXème siècle où les phases d’industrialisation rapide ne coïncident pas nécessairement avec les périodes de plus grande ouverture commerciale. Dans le cas suédois, le retour des protections douanières accompagne justement l’une des phases de croissance industrielle les plus rapides d’Europe[18].

À partir des années 1890, les industries du meuble, du papier, de l’habillement, de la chaussure ainsi que plusieurs branches métallurgiques et mécaniques connaissent une forte expansion, soutenues à la fois par l’élargissement du marché intérieur, la progression de la demande et un environnement commercial plus protecteur[19]. Les droits de douane constituent donc moins une fermeture qu’un instrument différencié permettant de protéger certaines productions, tandis que l’entrée de technologies, de capitaux ou d’intrants jugés utiles à la montée en gamme reste encouragée. Ce tournant protectionniste n’est cependant pas sans conséquences sur l’Union avec la Norvège, fermement attachée au libre-échange pour faire tourner sa puissante marine marchande internationale. En 1895, le parlement suédois dénonce la Mellanrikslagen, une loi qui organise depuis plusieurs décennies les relations commerciales entre les deux royaumes et avait progressivement pris la forme d’un quasi-marché commun. Sa disparition en 1897 affaiblit l’un des principaux liens économiques de l’Union et accentue les divergences entre les deux pays. Ajoutées aux tensions croissantes sur la politique étrangère et la question des consulats norvégiens, ces fractures contribuent finalement à la dissolution pacifique de l’Union en 1905.

Au cours de cette séquence, les négociations commerciales avec l’Empire allemand illustrent bien la prise de conscience suédoise de la dimension stratégique du protectionnisme. Lorsque Stockholm négocie avec Berlin en 1906, la Suède se trouve dans une position relativement défavorable. L’Allemagne, devenue l’un de ses principaux partenaires commerciaux, vient de se doter d’un tarif douanier extrêmement détaillé qui lui offre d’importantes marges de négociation, tandis que le tarif suédois de 1892 apparaît désormais mal adapté à ce type de rapport de force. Les autorités allemandes peuvent ainsi menacer plusieurs exportations suédoises d’un relèvement de leurs droits de douane. En échange de concessions tarifaires sur certains produits suédois, elles obtiennent que Stockholm renonce, pendant la durée du traité, à instaurer une taxe à l’exportation sur son minerai de fer[20]. Cet enjeu est d’autant plus stratégique que la sidérurgie de la Ruhr est devenue dépendante des gisements de fer phosphoreux suédois (Kiruna, Gällivare et Grängesberg) pour la fabrication de son acier Thomas. L’expérience de 1906 conduit alors la Suède à mieux préparer les négociations suivantes. Dans les années qui suivent, Stockholm révise profondément son système douanier pour surtaxer les biens manufacturés finis (ciblant en particulier les textiles et machines allemandes) et se dote d’un mécanisme légal de rétorsion (kamptullsparagrafen) en cas de discrimination commerciale étrangère. Ainsi, lorsque le traité avec l’Allemagne est renégocié en 1911, la Suède dispose d’un appareil de négociation renforcé. Face aux exigences allemandes qui réclamaient la baisse des droits de douane sur 30% des lignes tarifaires suédoises pour écouler leurs produits finis, Stockholm fait preuve d’une grande fermeté. Certes, Berlin obtient le maintien de l’exemption de taxe sur le minerai de fer mais sur le plan industriel, le succès suédois est réel. La Suède n’accorde que des concessions très modestes et parvient à maintenir une protection douanière élevée sur ses produits manufacturés[21]. En sécurisant le débouché de son minerai tout en préservant le développement de ses propres industries de transformation, Stockholm évite le piège du statut de satellite économique producteur de ressources brutes et démontre sa capacité à résister aux pressions de la superpuissance allemande.

Enfin, la Première Guerre mondiale constitue le révélateur et l’accélérateur de cette trajectoire d’accumulation. Tout en préservant sa neutralité, la Suède profite de l’explosion de la demande internationale pour ses productions clés (pâte à papier, acier, machines-outils). Ce boom des exportations génère des excédents commerciaux massifs que le royaume met à profit pour racheter et rapatrier la majeure partie de ses obligations publiques détenues à l’étranger. Favorisé par l’inflation de guerre et la possibilité de rembourser ses créanciers dans des devises étrangères dépréciées, le poids de la dette extérieure s’effondre en quelques années, passant de près de 80% du revenu national en 1910 à environ 20% après le conflit. La Suède bascule ainsi du statut d’importateur net de capitaux à celui de créancier sur la scène internationale[22]. Bien que cette séquence s’accompagne d’importantes tensions internes (pénuries alimentaires dues au blocus, forte inflation et bulles spéculatives) et même d’une violente crise économique en 1920-1921, l’essentiel est acquis. Les capitaux étrangers empruntés au XIXème siècle ont permis de créer une infrastructure logistique et industrielle nationale, permettant au royaume d’aborder l’entre-deux-guerres avec un appareil productif souverain et largement désendetté vis-à-vis de l’étranger.

Innovations et conquêtes économiques à l’international

L’insertion de la Suède dans le commerce international lui permet dans un premier temps de valoriser ses abondantes ressources naturelles. Mais pour sortir durablement d’une position de simple fournisseur de matières premières, le royaume doit progressivement augmenter la valeur ajoutée produite sur son propre territoire. À partir du milieu du XIXème siècle, puis avec une forte accélération dans les dernières décennies du siècle, l’économie suédoise connaît ainsi une véritable montée en gamme.

La sidérurgie constitue l’un des premiers exemples de cette transformation. Confrontées à la concurrence du fer produit à bas coût grâce au coke britannique, les forges suédoises ne peuvent rivaliser sur les volumes, notamment en raison de l’absence de charbon minéral abondant dans le pays[23]. Elles s’orientent donc vers des productions de meilleure qualité et à plus forte valeur ajoutée. En 1857, après un voyage en Angleterre, Göran Fredrik Göransson acquiert les droits d’exploitation du procédé Bessemer et obtient un soutien financier de 50 000 couronnes de l’association professionnelle des producteurs d’acier suédois (Jernkontoret) afin d’en développer l’utilisation en Suède[24]. Dès 1862, il fonde ce qui deviendra Sandvik. Refusant la compétition sur les aciers ordinaires de construction, l’entreprise se spécialise immédiatement dans la haute précision, fabriquant des bandages de roues en acier forgé pour les chemins de fer, puis les premiers fleurets de forage creux dont elle deviendra le leader mondial dans les années 1920[25]. Par ailleurs, cette mutation s’accompagne d’une rupture commerciale décisive. Dès la fin des années 1860, le fils de l’industriel suédois parcourt lui-même l’Europe pour prospecter directement les clients étrangers, brisant la dépendance traditionnelle des forges envers les comptoirs de négoce de Stockholm et Göteborg[26]. De cette manière, Sandvik devient l’un des symboles du passage de la vieille forge (« järnbruk ») à la multinationale technologique moderne. Ainsi, l’introduction de nouvelles techniques ne sert pas seulement à obtenir un avantage momentané mais à repositionner l’industrie nationale sur des segments où ses ressources, son savoir-faire métallurgique et sa capacité d’innovation peuvent compenser son infériorité en taille et en matières énergétiques.

Un phénomène similaire apparaît dans la filière forestière. Après avoir massivement alimenté la Grande-Bretagne en bois de sciage au milieu du XIXème siècle, l’industrie suédoise développe progressivement des activités plus complexes de transformation. Les progrès dans la fabrication de pâte chimique, auxquels participe notamment Carl Daniel Ekman avec le perfectionnement du procédé au bisulfite, permettent d’extraire davantage de valeur de la ressource forestière nationale[27]. Au tournant du XXème siècle, pâte à papier et papier occupent ainsi une place croissante dans les exportations. La stratégie n’est plus seulement d’exploiter une ressource comparative disponible sur le territoire, mais de construire autour d’elle toute une chaîne de transformation industrielle.

Cette montée en gamme accompagne l’apparition des « snilleindustrierna » (les « industries de l’ingéniosité »), qui constituent l’une des particularités du décollage industriel suédois de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Des entreprises se développent autour d’innovations relativement spécialisées mais susceptibles de répondre à une demande mondiale : les séparateurs centrifuges de Gustaf de Laval, les roulements à billes de Sven Wingquist avec SKF, les équipements électrotechniques d’ASEA ou encore les télécommunications d’Ericsson[28]. Pour un pays disposant d’un marché intérieur limité, la spécialisation technologique devient ainsi une manière de contourner la contrainte de taille. Pour la Suède, il ne s’agit pas de reproduire l’ensemble de l’appareil industriel des grandes puissances mais de devenir indispensable sur certains créneaux à forte valeur ajoutée.

Alfred Nobel incarne parfaitement cette stratégie d’innovation et d’internationalisation. En 1867, son invention de la dynamite, associée à l’obtention de brevets, révolutionne l’industrie minière et le secteur de la construction en offrant des solutions de forage plus efficaces. Nobel veille également à la sécurité d’utilisation de ses produits, notamment grâce à l’absorption de la nitroglycérine, ce qui renforce la fiabilité de la dynamite et illustre l’engagement de ses entreprises en matière de recherche et développement[29]. De plus, Nobel diversifie ses activités en développant des produits chimiques industriels. En face, les concurrents étasuniens et allemands peinent à rivaliser face à un industriel qui maintient continuellement son avance technologique. Très rapidement, l’industriel suédois constitue même un réseau international de sociétés et d’usines en Europe comme aux États-Unis afin de produire au plus près de ses marchés. L’innovation technologique s’accompagne donc immédiatement d’une stratégie de déploiement international destinée à préserver son avance et à capter les débouchés ouverts par son invention[30]. Enfin, dans son testament, Nobel alloue une grande partie de sa fortune au financement de ce qui deviendra le « prix Nobel », formidable outil d’influence et de rayonnement international pour la Suède et sa stratégie de spécialisation dans l’innovation technologique.

Le cas de Lars Magnus Ericsson permet également de mettre en lumière le modèle suédois d’innovation par assimilation. Formé chez le fabricant de télégraphes Öller & Cie, puis en Suisse et chez l’allemand Siemens & Halske dans les années 1870, l’industriel fonde son entreprise en 1876. À l’origine, il se contente de réparer et d’améliorer les modèles de téléphones étrangers, à commencer par ceux de Bell et de Siemens. Cette démarche révèle une caractéristique essentielle du rattrapage technologique suédois où l’innovation nationale repose largement sur la capacité à observer, copier, intégrer puis perfectionner les procédés développés par les grandes puissances industrielles. La réussite est rapide puisque dès 1881, Ericsson remporte à Gävle un important contrat de téléphonie face à la filiale locale de Bell. En 1896, l’entreprise emploie déjà plus de 500 personnes et a produit plus de 100 000 téléphones, majoritairement destinés à l’exportation. Après avoir conquis le marché intérieur, Ericsson met en place une stratégie d’internationalisation précoce pour contourner la faible taille du marché national. Au tournant du siècle, le Royaume-Uni représente ainsi près de la moitié des ventes de l’entreprise. Un bureau est même ouvert à Londres en 1898, puis une usine à Beeston en 1903. Ericsson commence également à produire en Russie dès 1897 avant d’inaugurer une importante usine à Saint-Pétersbourg en 1900. Ses ventes locales passent d’environ 500 000 couronnes en 1901 à 2,3 millions en 1905. La firme s’exporte jusqu’en Chine, où, après avoir commencé à vendre ses équipements dès les années 1890, elle participe à la construction du réseau téléphonique de Shanghai[31]. Ainsi, en moins de trente ans, un petit atelier suédois ayant commencé par démonter et reproduire des appareils étrangers devient une multinationale capable de concurrencer directement les grands constructeurs des puissances industrielles dont elle avait initialement assimilé les technologies.

Le nationalisme de développement suédois

À partir du XIXème siècle, les priorités stratégiques de la Suède deviennent essentiellement géoéconomiques. Si sa position géographique et la rigueur de son climat l’isolent autant qu’elles la protègent, la menace d’une subordination économique demeure bien réelle. Face aux empires industriels de l’époque comme la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne ou la Russie, le royaume de Suède élabore une réponse stratégique originale sous la forme d’un « nationalisme de développement »[32]. Loin de chercher une autarcie illusoire, cette forme de nationalisme économique oriente l’effort de la nation vers l’excellence industrielle, l’assimilation technologique et la puissance commerciale sur la scène internationale. Cette stratégie repose alors sur la capacité du royaume à organiser collectivement son rattrapage économique et à sanctuariser le contrôle de son appareil productif, tout en maintenant une forte compétitivité sur les marchés mondiaux.

Cette logique repose d’abord sur une forte capacité d’observation et de circulation de l’information. Dès le XVIIIème siècle, le royaume dispose déjà d’une presse économique particulièrement attentive aux rapports de force commerciaux. Fondé à Göteborg en 1766, le journal Götheborgske Spionen (« L’Espion de Göteborg ») porte un regard volontiers critique sur les intérêts marchands d’une ville fortement marquée par la présence britannique, tout en relayant régulièrement les découvertes, pratiques et observations rapportées d’Europe par les marchands et commis-voyageurs suédois[33]. Cette attention ancienne aux pratiques étrangères complète l’appareil statistique déjà évoqué et contribue à diffuser une véritable conscience des rapports de force économiques. L’information sur l’extérieur n’est pas seulement collectée mais doit aussi permettre d’identifier ce qui peut être imité, importé, négocié ou au contraire protégé.

Cette forme précoce d’intelligence économique s’accompagne d’un stock de capital humain particulièrement développé. L’exigence luthérienne de lecture individuelle des textes religieux, renforcée par la loi ecclésiastique de 1686 et les examens paroissiaux, favorise très tôt la diffusion de la lecture dans l’ensemble de la population. Dès le milieu du XVIIIème siècle, plus de 80% des Suédois seraient ainsi capables de lire, une proportion particulièrement élevée dans l’Europe de l’époque[34]. Cette situation est d’ailleurs renforcée par la loi sur l’école élémentaire de 1842 (Folkskolan) qui impose à chaque paroisse de disposer d’une école primaire. À la diffusion ancienne de la lecture viennent alors s’ajouter l’écriture, l’arithmétique, l’histoire et la géographie[35]. Ce capital humain constitue un levier décisif lors du décollage industriel. D’un côté, la main-d’œuvre rurale et ouvrière est capable de lire des instructions, de tenir des registres et d’adapter rapidement de nouveaux procédés techniques. De l’autre, l’aisance de la population avec l’écrit facilite l’acceptation précoce des instruments bancaires modernes. De plus, l’alphabétisation des mères permet une diffusion rapide des notions d’hygiène, de nutrition et de soins, contribuant à la baisse précoce de la mortalité infantile en Suède[36].

À partir de la fin du XIXème siècle, cette infrastructure humaine se combine avec l’ouverture internationale des élites techniques. Contrairement à l’émigration paysanne de masse qui partait pour s’installer définitivement outre-Atlantique, la mobilité des ingénieurs suédois répond majoritairement à une logique de projet professionnel temporaire. Ainsi, entre 1880 et 1919, plus d’un tiers des ingénieurs diplômés émigrent, mais environ trois quarts d’entre eux reviennent ensuite travailler en Suède[37]. Le départ à l’étranger (notamment chez des géants industriels étasuniens comme General Electric, Westinghouse, Carnegie Steel ou l’allemand Siemens) est même perçu comme un prolongement pratique de la formation. L’objectif est d’accumuler des compétences précises avec l’intention explicite de revenir faire carrière dans leur pays. Cette migration de retour permet alors un véritable « brain-gain », contribuant fortement à la réussite de l’industrialisation suédoise et à la compétitivité de son appareil productif[38]. L’importance de ces expériences internationales se retrouve jusque dans les états-majors industriels. Chez ASEA, plus d’un tiers des ingénieurs occupant des fonctions dirigeantes entre 1890 et 1940 avaient acquis une expérience professionnelle aux États-Unis et un quart en Allemagne[39].

Mais cette captation des savoir-faire étrangers n’a d’intérêt stratégique que si les compétences acquises peuvent ensuite être absorbées par les entreprises nationales et articulées aux autres ressources économiques du royaume. Le cas d’ASEA (la Compagnie générale suédoise d’électricité) illustre particulièrement bien cette capacité de coordination entre capital humain, innovation technologique et puissance financière. Fondée en 1883 et développée autour des travaux de Jonas Wenström sur le courant alternatif triphasé, l’entreprise se retrouve pourtant en difficulté au tournant du XXème siècle. Le marché suédois reste trop étroit pour absorber ses capacités de production tandis que les conglomérats allemands Siemens et AEG disposent d’une puissance financière et commerciale largement supérieure. À partir de 1902-1903, Marcus Wallenberg et la Stockholms Enskilda Bank soutiennent alors une profonde réorganisation de l’entreprise et recrutent J. Sigfrid Edström pour la diriger. Celui-ci, après avoir travaillé aux États-Unis, introduit avec plusieurs ingénieurs passés par l’industrie étasunienne des méthodes de standardisation et de production inspirées notamment de Westinghouse et du taylorisme. ASEA retrouve rapidement la rentabilité[40]. Mais pour accompagner cette rationalisation, il est nécessaire de trouver les marchés capables de soutenir la croissance de l’entreprise. En 1905, lorsque la banque Wallenberg participe au financement de Norsk Hydro en Norvège, dont la production d’engrais azotés exige d’immenses quantités d’électricité hydroélectrique, ASEA est alors imposée comme fournisseur des générateurs et équipements, écartant ainsi les consortiums allemands[41].

À cette coordination économique s’ajoute une recherche de cohésion sociale. Si l’industrialisation rapide du début du XXème siècle provoque de violents conflits entre travail et capital, la dépendance de l’économie suédoise envers les exportations pousse progressivement syndicats et patronat à reconnaître un intérêt commun dans le maintien de la compétitivité internationale du pays.

Dès les années 1920, plusieurs grandes entreprises expérimentent le welfare capitalism (capitalisme de bien-être), inspiré des pratiques industrielles étasuniennes. C’est notamment le cas à Sandviken, où le directeur Karl Fredrik Göransson instaure dès 1923 l’Onsdagsklubben (« Club du mercredi »), un cadre de réunions hebdomadaires avec les dirigeants syndicaux locaux[42]. La situation est similaire aux chantiers navals de Götaverken où le directeur Hugo Hammar, un ancien ingénieur revenu des États-Unis, applique une philosophie similaire avec de hauts salaires, une concertation avec le syndicat des métallurgistes et le développement pionnier de la sécurité industrielle. Ces expériences associent alors rationalisation de la production, amélioration des conditions sociales, prévention des accidents et coopération étroite avec les organisations ouvrières. L’objectif des capitaines d’industrie n’est pas de supprimer le conflit social, mais de l’institutionnaliser pour préserver la productivité et la stabilité de l’appareil productif. Dès la fin des années 1920, puis surtout après son arrivée au pouvoir en 1932, la social-démocratie développe le projet du Folkhemmet (le « foyer du peuple »), articulant progrès social et responsabilité économique[43]. Cette vision trouve son expression institutionnelle la plus célèbre dans l’accord de Saltsjöbaden de 1938, conclu entre la confédération syndicale LO et la confédération patronale SAF. En sanctuarisant la négociation directe et autonome ainsi que la recherche de compromis, les partenaires sociaux cherchent à prévenir les conflits susceptibles d’affaiblir les entreprises suédoises sur les marchés internationaux. Ainsi, l’État social suédois ne se construit pas en opposition au capitalisme industriel et exportateur mais en articulation avec lui. La richesse créée par l’économie productive permet de financer l’extension des protections collectives tandis que l’amélioration de l’éducation, de la santé et de la sécurité sociale contribue en retour à renforcer la stabilité et la qualité du capital humain national.

Le « nationalisme de développement » suédois apparaît finalement moins comme une doctrine économique explicitement formulée que comme une convergence durable de pratiques. Observer les puissances étrangères pour mieux assimiler leurs innovations, envoyer ses ingénieurs apprendre auprès des concurrents avant de réinvestir leurs compétences dans l’économie nationale, articuler banques et industriels pour construire des filières compétitives puis organiser progressivement le compromis entre capital et travail participent d’une même logique. L’ouverture sur l’extérieur s’accompagne constamment d’un effort de coordination intérieure. La cohésion nationale devient ainsi l’une des conditions permettant à un petit pays de résister aux rapports de force économiques internationaux.

Au milieu du XXème siècle, la stratégie géoéconomique initiée un siècle plus tôt débouche sur un succès remarquable. Ayant préservé sa neutralité lors des deux conflits mondiaux, le royaume dispose en 1950 d’un appareil productif intact, d’une infrastructure moderne et de l’un des PIB par habitant les plus élevés du monde. Alors que l’ère atomique qui vient de s’ouvrir transforme profondément les formes de conflictualités, le modèle suédois est déjà armé pour la guerre économique mondiale. Le royaume dispose d’un réseau mondial d’entreprises technologiques, d’un système bancaire privé souverain capable de planifier et financer l’innovation domestique et une paix sociale institutionnalisée. En articulant l’État-providence à la haute performance de ses entreprises exportatrices, la Suède démontre qu’un petit pays de moins de 10 millions d’habitants peut préserver sa souveraineté économique et convertir la cohésion nationale en un vecteur d’extrême prospérité et de puissance collective.

Notes

[1] La politique économique de Charles XIV Jean de Suède-Norvège (1810-1844) : entre pragmatisme et vision à long terme, Jean-Marc Olivier, Nordic Historical Review n° 6-7, 2009

[2] Money and Power: From Stockholms Banco 1656 to Sveriges Riksbank Today, Gunnar Wetterberg, Sveriges Riksbank / Atlantis, 2009

[3] La politique économique de Charles XIV Jean de Suède-Norvège (1810-1844) : entre pragmatisme et vision à long terme, Jean-Marc Olivier, préc.

[4] L’évolution économique de la Suède au XIXe siècle, Arthur Montgomery, Annales d’histoire économique et sociale, vol. 3, n° 11, 1931

[5] Structural Change and Economic Growth: Sweden in the 19th Century, Lennart Jörberg, Scandinavian Economic History Review, 1965

[6] An Economic History of Sweden, Eli F. Heckscher, 1954

[7] Proto-industrialisation in Scandinavia: Craft Skills in the Industrial Revolution, Maths Isacson et Lars Magnusson, Berg Publishers, 1987

[8] Petites entreprises industrielles et développement économique de l’Europe occidentale (1780-1930), Jean-Marc Olivier, Histoire, économie & société, 2007

[9] An Economic History of Sweden, Eli F. Heckscher, préc.

[10] Petites entreprises industrielles et développement économique de l’Europe occidentale (1780-1930), Jean-Marc Olivier, préc.

[11] Structural Change and Economic Growth: Sweden in the 19th Century, Lennart Jörberg, préc.

[12] L’évolution économique de la Suède au XIXe siècle, Arthur Montgomery, préc.

[13] An Economic History of Sweden, Eli F. Heckscher, préc.

[14] Development Blocks and Industrial Transformation: The Dahmenian Approach to Economic Development, Erik Dahmén, IUI / Almqvist & Wiksell, 1950

[15] Les traits caractéristiques de l’industrialisation des pays scandinaves et de la Finlande au XIXe siècle, Karl-Gustaf Hildebrand, Colloques Internationaux du C.N.R.S, n° 540, 1972

[16] Tariffs, Trade, and Economic Growth in Sweden 1858–1913, Viktor Persarvet, Uppsala University, 2019

[17] Système national d’économie politique, Friedrich List, 1841

[18] Commerce extérieur et développement économique de l’Europe au XIXe siècle, Paul Bairoch, EHESS / De Gruyter, 1976

[19] Tariffs, Trade, and Economic Growth in Sweden 1858–1913, Viktor Persarvet, préc.

[20] Ibid

[21] Ibid

[22] A Tendency for the Rate of Profit to Fall? From Primitive to Flexible Accumulation in Sweden 1800-2005, Rodney Edvinsson, Review of Radical Political Economics, Union for Radical Political Economics, vol. 42, 2010

[23] An Economic History of Sweden, Eli F. Heckscher, préc.

[24] Learning and Returning: Return Migration of Swedish Engineers from the United States, 1880–1940, Per-Olof Grönberg, Göteborgs universitet, 2003

[25] Ibid

[26] An Economic History of Sweden, Eli F. Heckscher, préc.

[27] Ibid

[28] The Mirage of Swedish Socialism: The Economic History of a Welfare State, Nima Sanandaji, Fraser Institute, 2021

[29] Nitroglycerin und Nitroglycerinsprengstoffe (Dynamite), Phokion Naoúm, Springer-Verlag Berlin Heidelberg, 1924

[30] Ibid

[31] L’innovation par l’internationalisation : le cas de la Suède, Veronika Wand-Danielsson & Robert Wentrup, Revue Internationale et Stratégique, 2016

[32] Learning and Returning: Return Migration of Swedish Engineers from the United States, 1880–1940, Per-Olof Grönberg, préc.

[33] Intelligence économique et stratégie des entreprises, rapport du groupe présidé par Henri Martre, Commissariat général du Plan, La Documentation française, 1994

[34] Popular Adult and Labor Education Movement in Sweden – History, Content, Pedagogy, Petros Gougoulakis, International Labor and Working-Class History, Cambridge University Press, 2016

[35] Agents and subjects: schooling and conceptions of citizenship in early nineteenth-century Sweden, Åsa Karlsson Sjögren, Esbjörn Larsson & Stefan Rimm, History of Education, Journal of the History of Education Society, Volume 48, 2019

[36] The Case of the Impoverished Sophisticate: Human Capital and Swedish Economic Growth before World War I, Lars G. Sandberg, The Journal of Economic History, 1979

[37] Learning and Returning: Return Migration of Swedish Engineers from the United States, 1880–1940, Per-Olof Grönberg, préc.

[38] Ibid

[39] Ibid

[40] Ibid

[41] Les traits caractéristiques de l’industrialisation des pays scandinaves et de la Finlande au XIXe siècle, Karl-Gustaf Hildebrand, préc.

[42] Learning and Returning: Return Migration of Swedish Engineers from the United States, 1880–1940, Per-Olof Grönberg, préc.

[43] The Mirage of Swedish Socialism: The Economic History of a Welfare State, Nima Sanandaji, préc.

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